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Les tests de personnalitéCe qu’ils mesurent, et ce qu’on en fait au travail

S’en servir au travail · révisé le · 12 min

Manager avec le DISC au quotidien

La bague de mise au point d’un objectif et son échelle de distances

Un encadrant passe l’essentiel de sa semaine à parler. Donner une consigne, recadrer une trajectoire, annoncer une décision venue d’ailleurs, confier un dossier et s’en dessaisir, dire à quelqu’un que son travail ne convient pas : ces gestes paraissent simples tant qu’ils fonctionnent. Ils deviennent coûteux le jour où la même phrase, prononcée à l’identique devant deux personnes, emporte l’adhésion de l’une et provoque le blocage de l’autre.

C’est exactement le terrain sur lequel le DISC rend service, et c’est aussi celui sur lequel il est le plus mal employé. Avant d’aller plus loin, mieux vaut savoir ce que le modèle décrit et ce qu’il ne décrit pas : ce qui suit n’y revient pas. Une autre question est en jeu, plus étroite et plus concrète — ce que quatre lettres changent, ou ne changent pas, dans la conduite ordinaire d’une équipe.

Ce que le modèle déplace, et ce qu’il ne déplace pas

Le premier effet d’une restitution sérieuse ne porte pas sur l’équipe : il porte sur celui qui l’encadre. Chacun conduit ses échanges avec les réflexes qui lui conviennent à lui — un rythme, un niveau de détail, une manière d’entrer en matière, une tolérance au désaccord. Tant que ces réflexes restent invisibles, ils passent pour la façon normale de faire, et les personnes qui n’y répondent pas passent pour difficiles.

Les nommer suffit à changer la lecture d’un grand nombre d’incidents ordinaires. Un collaborateur qui demande trois fois des précisions ne conteste pas l’autorité : il a besoin de savoir avant d’agir. Un autre qui répond « c’est bon, j’ai compris » avant la fin de la consigne ne coupe pas la parole par impolitesse : il a déjà l’objectif, et le reste lui paraît du remplissage. Ces deux malentendus se règlent en une phrase quand on les a identifiés une fois, et se rejouent pendant des années quand on ne les a jamais posés.

Il faut mesurer aussi ce que le modèle ne déplace pas. Il ne rend pas une décision impopulaire acceptable, il ne compense pas des objectifs contradictoires, il ne remplace pas une conversation que l’on n’a pas envie d’avoir. Un encadrant qui n’ose pas dire les choses ne les dira pas mieux en connaissant quatre lettres ; il les dira peut-être plus tôt, parce qu’il aura une idée de la façon dont elles vont être reçues.

Donner une consigne

Prenons une demande banale : reprendre un dossier fournisseur et le rendre en fin de semaine. La demande est identique pour tout le monde ; la manière de la formuler ne l’est pas, et ce n’est pas une question de politesse mais d’efficacité.

Devant une personne tournée vers le résultat, la consigne commence par ce qu’il faut obtenir et par l’échéance, puis s’arrête. Le contexte, si elle en veut, elle le demandera. Lui dérouler l’historique du dossier avant de dire ce qui est attendu, c’est prendre le risque qu’elle décroche avant la fin.

Devant une personne tournée vers la relation, la même demande passe mieux si elle est reliée à quelqu’un : qui attend ce travail, avec qui il faudra se coordonner, ce que cela permettra ensuite. Une consigne sèche, dans ce cas, n’est pas entendue comme sèche ; elle est entendue comme le signe que la relation s’est refroidie.

Devant une personne attachée à la régularité, deux éléments comptent plus que les autres : le préavis et la stabilité de la demande. Annoncer lundi ce qui sera fait vendredi coûte trois minutes et évite une réticence qui, elle, ne se dira jamais en réunion. À l’inverse, changer la commande en cours de route sans expliquer pourquoi abîme quelque chose de durable.

Devant une personne attachée à la justesse, la consigne doit dire selon quels critères le travail sera jugé correct. Le flou n’est pas une marge de manœuvre, c’est un risque : faute de critère, elle produira soit un travail beaucoup plus approfondi que nécessaire, soit rien du tout, par crainte de se tromper.

Un même énoncé, quatre entrées différentes. Rien de ce qui est demandé ne change ; seuls changent l’ordre dans lequel l’information arrive et la quantité de contexte fournie sans qu’on la réclame.

Faire un retour difficile

C’est la conversation où l’ajustement paie le plus, et celle où il est le plus tentant d’en faire trop. Deux principes tiennent l’exercice. Le premier : ce que l’on a à dire ne se négocie pas. Les faits, l’écart constaté, la conséquence et ce qui est attendu ensuite sont les mêmes pour tout le monde. Le second : la route pour y arriver, elle, s’ajuste.

Avec une personne qui va vite, mieux vaut annoncer le sujet dès la première phrase et laisser le reste venir. Tourner autour du problème pendant cinq minutes est lu comme un manque de franchise, et l’échange se solde par une contre-attaque plutôt que par un accord.

Avec une personne pour qui la relation compte, l’enjeu est de séparer explicitement le travail de la personne. Dit trop sèchement, un reproche technique est reçu comme un rejet : il faut donc nommer ce qui est en cause, dire ce qui ne l’est pas, et laisser du temps de parole.

Avec une personne attachée à la continuité, le risque n’est pas l’éclat, c’est le silence. Elle acquiescera, ne contestera rien, et repartira avec une inquiétude qu’elle gardera pour elle. Prévoir un deuxième temps quelques jours plus tard, en tête à tête, est souvent ce qui fait réellement passer le message.

Avec une personne attachée à la précision, le retour doit reposer sur des éléments vérifiables. Une appréciation générale, du type « ce n’est pas assez rigoureux », déclenchera une contestation légitime et interminable. Deux exemples datés, et l’échange redevient un échange de travail.

Reste la faute à ne pas commettre : justifier son propre retour par le profil de l’autre. Dire « je te parle comme ça parce que tu es un D » transforme un retour professionnel en interprétation psychologique, et donne à l’intéressé toutes les raisons de refuser le fond.

Annoncer un changement

Une réorganisation, un changement d’outil, un nouveau rattachement hiérarchique : l’annonce arrive rarement au moment choisi, et elle est presque toujours faite une fois pour toute l’équipe. C’est là que se joue l’essentiel, parce qu’une annonce collective ne contient qu’une version de l’information, alors que les questions, elles, sont de quatre natures.

Certains veulent savoir ce que cela change pour le résultat et à partir de quand. D’autres veulent savoir avec qui ils travailleront et ce que deviennent les équipes en place. D’autres encore veulent un calendrier, des étapes et la garantie que ce qui a été annoncé sera tenu. D’autres enfin veulent les règles, les critères, et ce qui arrive aux dossiers en cours.

Une annonce qui ne répond qu’à la première de ces attentes laisse les trois autres en suspens, et ce sont elles qui alimenteront les conversations de couloir pendant les semaines suivantes. Le remède tient en deux gestes : glisser dans l’annonce collective un élément pour chacune des quatre attentes, puis prévoir des temps courts en individuel — non pour répéter le message, mais pour laisser venir la question qui n’a pas été posée devant les autres.

Un dernier point, souvent négligé : l’adhésion à un changement ne se gagne pas dans l’annonce, elle se gagne dans ce qui suit. Les ressorts qui font qu’une équipe reste impliquée sur la durée relèvent d’autre chose que du style de communication, et ce qui retient durablement quelqu’un dans une organisation mérite d’être traité pour lui-même.

Déléguer

Déléguer, c’est se dessaisir de quelque chose. Reste à savoir de quoi exactement, et c’est ici que le modèle sert : il aide à choisir ce que l’on lâche et ce que l’on garde.

À une personne orientée résultat, on délègue un objectif et une échéance, et on se tait sur la méthode. Lui imposer un mode opératoire détaillé revient à lui retirer ce qui l’intéresse dans la tâche.

À une personne orientée relation, on délègue volontiers ce qui suppose de faire circuler, de convaincre ou de rassembler, et on fixe un point d’étape — non par défiance, mais parce que le suivi administratif du dossier n’est pas ce qui la retiendra.

À une personne attachée à la régularité, on délègue avec un cadre stable et un délai réaliste, puis on évite de revenir modifier la commande. Elle tiendra ce qu’elle a promis, à condition que ce qui a été promis ne bouge pas trois fois.

À une personne attachée à l’exactitude, on délègue en fournissant l’accès aux informations et le niveau de qualité attendu. Sans ce dernier, elle produira la version la plus complète possible, ce qui coûte parfois plus cher que le sujet ne le justifie.

Ces ajustements portent sur la forme de la délégation. Le degré d’autonomie à accorder, lui, ne dépend pas du comportement mais de la compétence et de l’expérience sur la tâche précise : c’est l’objet de la manière de doser appui et autonomie selon les situations, et les deux lectures se complètent sans se confondre.

L’entretien annuel

L’entretien annuel est un exercice contraint : même trame, même période, mêmes rubriques pour tout le monde. C’est justement pour cela qu’il gagne à être préparé différemment selon l’interlocuteur.

La partie bilan pose peu de difficultés lorsqu’elle s’appuie sur des faits. La partie projection en pose davantage, parce qu’elle demande à chacun de se projeter dans une forme qui ne lui est pas naturelle. Demander à quelqu’un de très factuel d’imaginer son poste dans trois ans produit un silence gêné ; demander à quelqu’un de très relationnel de chiffrer ses objectifs produit une liste à laquelle il ne croit pas lui-même.

Quelques ajustements suffisent. Annoncer la trame à l’avance profite surtout à ceux qui ont besoin de préparer. Laisser un temps d’échange libre en ouverture profite à ceux qui ont besoin de parler avant de travailler. Annoncer la durée prévue profite à ceux qui supportent mal l’imprécision.

Un interdit, en revanche, mérite d’être posé sans nuance : le profil comportemental n’a rien à faire dans le compte rendu. Ni la lettre, ni la couleur, ni la moindre allusion. Un document d’évaluation est conservé, relu par d’autres, et ressorti au moment d’une décision de carrière. Une description de comportement déclaratif, produite pour aider quelqu’un à se comprendre, n’a aucune légitimité à peser dans ce cadre — et son apparition dans un dossier suffit à décrédibiliser durablement la démarche auprès de toute l’équipe.

Le piège : classer une fois pour toutes au lieu d’ajuster une conversation

Voilà l’erreur centrale, et elle est rarement commise de mauvaise foi. Elle s’installe par commodité, parce qu’une grille à quatre entrées est maniable et que la mémoire préfère les étiquettes aux nuances.

Les signes en sont connus. On désigne les gens par une lettre ou par une couleur au lieu de décrire ce qu’ils ont fait. On explique un désaccord par le profil — « forcément, avec son côté analytique » — au lieu d’examiner l’argument. On prédit la réaction de quelqu’un et on cesse de l’écouter, ce qui est l’exact contraire de l’intention de départ. On compose une équipe projet en cherchant l’équilibre des quatre couleurs, comme si un dosage graphique remplaçait une réflexion sur les compétences disponibles.

Deux dérives supplémentaires méritent d’être nommées. La première consiste à se servir de son propre profil comme d’une dispense : « je suis direct, c’est ma nature » ferme la discussion au lieu de l’ouvrir. Une tendance comportementale explique une difficulté, elle ne l’excuse pas, et un encadrant qui blesse régulièrement son entourage a un travail à faire, quelle que soit sa lettre la plus haute.

La seconde consiste à faire entrer le modèle dans les décisions de personnel : recrutement, promotion, choix de qui part et de qui reste. C’est un usage que les éditeurs d’instruments déconseillent expressément, et pour une raison simple : ces réponses sont déclaratives, dépendantes du contexte choisi au moment de répondre, et facilement orientables par quiconque a compris la logique du questionnaire. Décider d’une carrière là-dessus, c’est décider à partir d’une donnée que l’intéressé contrôle.

Le test pour savoir de quel côté de la ligne on se trouve tient en une question. Ce que l’on croit savoir du comportement de quelqu’un sert-il à préparer une conversation précise, ou sert-il à se dispenser de l’avoir ? Dans le premier cas, le modèle travaille. Dans le second, il a déjà cessé de décrire quoi que ce soit.

Ce qui fait qu’un encadrant s’en sert vraiment

Beaucoup d’équipes passent une journée sur le sujet, repartent avec un classeur et n’y touchent plus. Quelques conditions font la différence entre un souvenir de séminaire et une pratique.

La première tient à la restitution : chacun reçoit son propre rapport et le discute avant toute mise en commun, et personne ne diffuse le profil d’un tiers. Un profil appartient à la personne qu’il décrit, pas à son responsable.

La deuxième tient à l’usage. Le modèle sert peu en général et beaucoup en particulier : trois minutes de préparation avant une conversation que l’on sait délicate, pour se demander par quoi commencer, quel niveau de détail prévoir, et ce que l’interlocuteur voudra savoir en premier. C’est un usage modeste, et c’est celui qui tient dans la durée.

La troisième tient à la vérification. Une hypothèse de comportement se confirme ou s’infirme dans les faits, et celui qui se trompe le découvre vite s’il continue d’observer. Le jour où une personne se conduit autrement que prévu, c’est l’hypothèse qui doit céder, pas la personne.

La quatrième tient au contexte de travail. À distance, la plupart des signaux sur lesquels repose l’ajustement disparaissent : plus de posture, plus de rythme de couloir, des échanges écrits où tout le monde finit par se ressembler. Les repères doivent alors être reconstruits autrement, ce qui rejoint les questions que pose l’encadrement d’une équipe dispersée.

Enfin, la pratique suppose d’accepter une asymétrie : c’est à celui qui conduit l’équipe de fournir l’effort d’adaptation, et non à chacun de ses collaborateurs de deviner comment lui parler. C’est le prix du rôle, et c’est aussi ce qui le rend intéressant.

FAQ

En quoi le DISC aide-t-il un encadrant au quotidien ?

Il ne donne pas de recette de management. Il fournit un vocabulaire pour décrire des différences de rythme, de besoin d’information et de rapport à la relation, et il permet de préparer une conversation précise en se demandant par quoi commencer et quelle quantité de contexte donner. Son utilité se mesure dans des échanges particuliers, pas dans des principes généraux.

Faut-il connaître le profil de chaque collaborateur pour en tirer quelque chose ?

Non. Un encadrant qui a travaillé son propre profil a déjà l’essentiel : il sait quels réflexes il applique par défaut et à qui ils ne conviennent pas. Faire passer un questionnaire à toute l’équipe n’a de sens que si chacun reçoit sa restitution individuellement, en accepte le principe, et reste libre de ne pas partager ce qu’il y a lu.

Peut-on deviner le profil de quelqu’un sans questionnaire ?

On peut formuler une hypothèse à partir de ce qui s’observe : le rythme de parole, le type de questions posées, l’attention portée au détail ou à la relation. Cette hypothèse vaut ce que valent les indices, c’est-à-dire pas grand-chose au premier échange. Elle sert à ajuster une approche, jamais à affirmer ce que quelqu’un est.

Comment se servir d’un profil dans un entretien annuel ?

Pour préparer l’entretien, pas pour le nourrir. Le profil peut aider à choisir l’ordre des sujets, le niveau de détail et le temps laissé à la parole. Il n’a en revanche rien à faire dans le compte rendu ni dans le dossier du collaborateur, où il finirait tôt ou tard par peser sur une décision qu’il n’a aucune légitimité à éclairer.

Le DISC peut-il servir à décider d’une promotion ?

Non, et c’est l’un des rares points sur lesquels les éditeurs eux-mêmes sont explicites. Ces questionnaires reposent sur ce que la personne dit d’elle-même, varient selon le contexte choisi pour répondre et peuvent être orientés sans difficulté. Une décision de carrière se fonde sur des résultats, des faits observés et un échange, pas sur une lettre.