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Les tests de personnalitéCe qu’ils mesurent, et ce qu’on en fait au travail

Quand le contexte se complique · révisé le · 12 min

Formation en management interculturel : ce qui se joue en équipe

Une paire de lunettes rondes à monture fine sur fond sombre

Le management interculturel est le plus souvent présenté sous forme de catalogue : une liste de pays, une liste de traits, et la promesse que connaître la seconde permet de travailler avec les premiers. Cette approche rassure parce qu’elle donne l’impression d’un savoir transmissible en une journée. Elle ne résiste pas au premier lundi matin.

Ce qu’un responsable rencontre réellement n’est jamais « une culture ». C’est une personne précise, dans une situation précise, qui ne partage pas les mêmes évidences que lui sur des points très concrets : ce qu’un délai engage, comment on signale une difficulté, ce que l’on peut dire en réunion et ce qui se dit après. Ce texte s’en tient à ces points-là, et au piège qui les accompagne — celui qui consiste à mettre sur le compte de l’origine ce qui vient de la personne, du métier ou de la situation.

Ce que recouvre réellement le management interculturel

Il ne s’agit pas d’une connaissance des pays, mais d’une manière de travailler lorsque les références implicites ne coïncident pas. Ces références portent sur des gestes ordinaires, et c’est précisément parce qu’elles sont ordinaires que personne ne pense à les énoncer.

Les configurations concernées sont plus nombreuses qu’on ne le croit. Une équipe répartie sur plusieurs sites, une entreprise qui recrute largement au-delà de son bassin d’origine, un service qui travaille avec des prestataires établis ailleurs, un projet mené avec une filiale : dans chacun de ces cas, plusieurs façons de faire cohabitent sans que personne ait décidé laquelle s’appliquait.

Un élément pèse plus lourd que tous les autres et il est rarement traité comme tel : la langue de travail. Travailler dans une langue qui n’est pas la sienne coûte en vitesse, en nuance et en fatigue. On y comprend plus littéralement, on y plaisante moins, on y conteste difficilement, et l’on y renonce souvent à une objection qu’il faudrait construire. Un collaborateur discret en réunion n’est pas nécessairement réservé ou peu concerné : il est peut-être le seul à devoir traduire mentalement avant de prendre la parole, pendant que les autres enchaînent.

Les malentendus qui reviennent le plus souvent

Quelques points de friction se répètent d’une organisation à l’autre. Les reconnaître évite de les interpréter comme des fautes personnelles.

Le rapport au temps et aux délais

Une date annoncée ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Elle peut valoir engagement ferme, ou intention raisonnable susceptible d’être révisée si les circonstances changent. Lorsque deux lectures se rencontrent, l’un considère que l’autre lui a menti, l’autre ne comprend pas le procès qu’on lui fait.

La façon d’annoncer un retard varie autant. Certains signalent le risque dès qu’il apparaît, d’autres attendent d’avoir tenté toutes les solutions avant d’en parler, parce qu’il leur semble déplacé d’encombrer leur responsable avec un problème non résolu. Le remède n’est pas culturel : il consiste à distinguer explicitement les dates qui engagent et celles qui indiquent, et à dire à quel moment on attend un signalement.

La façon de dire non

Le refus direct est loin d’être universel. Ailleurs, il se manifeste par un silence, une question sur les moyens, une réponse enthousiaste suivie d’aucune action, ou un accord assorti d’un délai impossible. Celui qui l’exprime ainsi est convaincu d’avoir été parfaitement clair.

L’erreur la plus coûteuse consiste à prendre l’absence d’objection pour une adhésion. Une demande passée sans réaction en réunion n’a pas été acceptée, elle n’a pas été discutée. La parade tient en une habitude : ne jamais clore sur un « tout le monde est d’accord ? », mais demander à chacun ce qu’il compte faire concrètement et sous quel délai. Les désaccords apparaissent là, pas avant.

Ce que l’on attend d’un chef

Pour certains, un responsable décide, tranche et assume ; le consulter sur ce qu’il faudrait faire trahit son incompétence ou dissimule un piège. Pour d’autres, il organise la discussion et laisse le groupe converger ; imposer une décision sans avoir écouté le disqualifie.

Un même comportement produit donc deux lectures opposées. Celui qui demande son avis à l’équipe passera pour ouvert ou pour hésitant. Celui qui tranche vite passera pour fiable ou pour autoritaire. La solution ne consiste pas à choisir un camp, mais à annoncer la règle du jeu avant chaque décision importante : dire si l’on consulte ou si l’on informe, et ce qui reste ouvert.

Le degré d’explicite attendu dans une consigne

Dans certains environnements de travail, on dit les choses ; dans d’autres, on les laisse déduire du contexte, et tout expliciter revient à sous-estimer son interlocuteur. Un « fais au mieux » suffit à l’un et laisse l’autre sans repères. Une consigne détaillée sécurise l’un et vexe l’autre.

Entre les deux, une règle simple limite les dégâts : détailler ce qui est vérifiable — le résultat attendu, l’échéance, les moyens, le destinataire — et laisser ouvert ce qui relève de la méthode. Le malentendu vient presque toujours d’un implicite portant sur le résultat, rarement d’un implicite portant sur le chemin.

Le rapport à l’erreur

Signaler tôt une erreur suppose qu’elle sera traitée comme une information. Là où elle est traitée comme une faute, ou là où elle expose celui qui la commet au regard du groupe, elle remonte tard et déjà maquillée.

Ce point dépend moins de l’origine des personnes que de ce qu’elles ont observé auparavant. Une équipe apprend en quelques semaines ce qu’il en coûte d’annoncer une mauvaise nouvelle, et elle l’apprend en regardant ce qui arrive au premier qui essaie. La façon dont un responsable réagit à la première erreur signalée fixe la règle pour des mois, et cette règle-là relève entièrement de lui.

Le piège principal — attribuer à la culture ce qui n’en relève pas

Voici le point le plus important du sujet, et le plus négligé par les catalogues. Dès qu’une équipe est composée de personnes d’origines différentes, la culture devient l’explication par défaut de tout ce qui ne va pas. C’est une explication commode : elle est impossible à vérifier, elle dispense d’aller voir, et elle habille un préjugé en compétence.

Ce qui relève de la personne

À l’intérieur de n’importe quel groupe humain, les écarts entre individus sont bien plus larges que l’écart moyen entre deux groupes. Deux personnes nées dans la même ville, formées dans la même école, n’ont ni le même rapport au conflit, ni le même besoin de cadre, ni la même tolérance à l’incertitude.

Autrement dit, une moyenne ne décrit personne. Utiliser un trait supposé collectif pour prédire le comportement d’une personne précise revient à ignorer la seule information dont on dispose réellement : ce que cette personne fait, ici, depuis qu’elle travaille dans l’équipe.

Ce qui relève du métier et de l’entreprise

Un contrôleur de gestion et un commercial n’ont pas le même rapport aux délais, aux chiffres et à l’approximation, quel que soit leur passeport. Une organisation très procédurale et une jeune structure ne forment pas les mêmes réflexes non plus. Une personne passée par un environnement où toute décision remontait à deux niveaux continuera d’attendre une validation, longtemps après en avoir changé.

Avant d’invoquer une différence culturelle, il vaut mieux vérifier ce qu’il en est du métier exercé, de l’entreprise d’origine et de la fonction occupée. Ces trois facteurs expliquent une bonne part de ce que l’on croit lire ailleurs.

Ce qui relève de la situation

Restent les circonstances, et elles pèsent souvent plus que tout le reste : la maîtrise de la langue de travail, l’ancienneté dans l’équipe, le statut — salarié, prestataire, détaché —, le fait d’être en position minoritaire dans une réunion, l’éloignement du centre de décision, le décalage horaire qui oblige à se connecter tard.

Un test rapide permet de trancher. Cette explication tiendrait-elle si la personne venait d’ailleurs ? Si la réponse est oui, le sujet n’est pas culturel. Quelqu’un qui intervient peu, qui n’ose pas contredire ou qui attend une validation systématique se comporte souvent comme n’importe qui se comporterait à sa place — nouveau, en minorité, et dans une langue seconde.

La seule vérification qui vaille consiste à poser la question à la personne concernée, dans un cadre où la réponse ne lui coûte rien. Étiqueter un comportement comme culturel produit l’effet inverse : il devient une caractéristique fixe, donc non négociable, et l’on cesse d’en parler.

Ce qu’un encadrant peut faire concrètement

Les leviers utiles sont peu nombreux, ils ne demandent aucune connaissance spécialisée, et ils améliorent le fonctionnement de toutes les équipes, mêlées ou non.

Expliciter au lieu de supposer

Tout ce qui allait de soi doit être dit une fois, puis écrit. Ce qu’une échéance engage exactement. Le moment où l’on signale une difficulté plutôt que d’essayer de la résorber seul. Ce qui vaut validation — un accord oral, un message, une signature. Qui décide quand les avis divergent. Si l’on peut interrompre en réunion ou si l’on attend son tour.

Cet exercice paraît scolaire aux anciens de l’équipe. Il l’est, et il leur profite aussi : la plupart découvrent en le faisant qu’ils ne s’accordaient pas sur deux ou trois points qu’ils croyaient partagés.

Vérifier la compréhension sans infantiliser

La question « tu as compris ? » n’obtient jamais autre chose qu’un oui, et elle place l’autre en position d’élève. Demander une restitution produit exactement l’inverse : « dis-moi comment tu comptes t’y prendre » fait apparaître les écarts, et reporte la charge de la clarté sur celui qui a parlé, là où elle doit être.

Une condition rend cette pratique acceptable : l’appliquer à tout le monde, et pas seulement aux membres venus d’ailleurs. Une vérification réservée à certains est perçue pour ce qu’elle est — une suspicion — et elle détruit en quelques semaines la confiance qu’une équipe met des mois à construire.

Nommer les règles de l’équipe plutôt que de les laisser implicites

Une équipe mêlée n’a pas à choisir entre les usages des uns et ceux des autres. Elle peut se donner les siens, et les énoncer : la langue employée en réunion et celle des comptes rendus, le délai normal de réponse à un message, la manière d’exprimer un désaccord, ce qui se décide en séance et ce qui se décide après, ce qui est consigné.

Ces règles doivent rester peu nombreuses, tenir sur une page, et être revues quand la composition du groupe change. Leur mérite n’est pas d’être les bonnes : il est d’exister, d’être visibles et de valoir pour tous. Personne n’est alors sommé de deviner.

Quand l’équipe est aussi dispersée

La distance ajoute une couche à tout ce qui précède, et elle supprime les signaux qui permettaient de réparer un malentendu avant qu’il ne prenne. Le froncement de sourcils après une consigne, la conversation de couloir qui rattrape une réunion mal comprise, le collègue qui explique en deux phrases ce qui n’avait pas été saisi : rien de tout cela ne se produit à distance sans être organisé.

Les décalages horaires y ajoutent une inégalité rarement reconnue, car ce sont toujours les mêmes qui se connectent en dehors de leurs heures. Les mêmes principes s’appliquent qu’en matière de management d’une équipe qui ne partage plus le même lieu : davantage d’écrit, des règles de disponibilité explicites, et une attention particulière aux réunions où une partie du groupe se trouve dans une pièce et l’autre derrière un écran.

Le rôle des ressources humaines

Les fonctions ressources humaines interviennent en amont, là où l’encadrant n’a pas la main. Le recrutement, d’abord, où l’évaluation d’un candidat formé ailleurs demande de distinguer ce qui relève d’un parcours différent et ce qui relève d’une insuffisance réelle. L’intégration ensuite, dont les premières semaines fixent durablement ce qu’une personne osera demander.

Vient enfin le traitement des tensions. L’erreur la plus fréquente consiste à requalifier en incident culturel un conflit ordinaire de charge de travail, de périmètre ou de reconnaissance — ce qui garantit qu’il ne sera pas réglé. Lorsque deux entités sont rapprochées et que leurs façons de travailler s’affrontent, le sujet relève plutôt de l’accompagnement d’une organisation qui change que d’une sensibilisation aux différences.

Se former au management interculturel

Une formation utile se reconnaît à un détail : elle travaille sur les situations réellement vécues par les participants, et non sur des profils nationaux préparés à l’avance. Une journée passée à décortiquer trois incidents survenus dans l’équipe vaut mieux qu’un panorama mondial que personne ne saura appliquer.

Les formats vont de l’atelier court, centré sur des cas, à des cursus universitaires complets. Les seconds ont un sens pour qui construit une carrière internationale ; ils n’apportent rien de plus qu’un atelier bien conçu à un responsable qui doit faire fonctionner son équipe dès le trimestre en cours. Quant aux attestations remises en fin de parcours, leur valeur dépend entièrement de l’organisme qui les délivre : aucune reconnaissance universelle n’existe en ce domaine, et il convient de s’en tenir à ce que l’on peut vérifier.

Trois questions suffisent à choisir : qui anime et avec quelle expérience de terrain, sur quels cas la session travaillera, et ce qui est prévu ensuite pour que les décisions prises ne s’évaporent pas.

Ce qu’il reste quand on enlève les généralités

Une équipe mêlée ne fonctionne pas grâce à une connaissance des peuples, mais grâce à des accords explicites, à des vérifications qui ne visent personne en particulier, et à un responsable qui se méfie de la première explication venue lorsqu’elle est aussi la plus commode.

C’est exigeant, et cela n’a rien d’exotique. Presque tout ce qui est décrit ici améliorerait également une équipe dont tous les membres seraient nés dans le même village.

Questions fréquentes

Quel est le but de la formation en management interculturel ?

Rendre un responsable capable de travailler avec des personnes qui ne partagent pas ses évidences professionnelles, sur des points concrets : ce qu’engage un délai, comment se signale une difficulté, comment s’exprime un désaccord. Le but n’est pas de connaître des pays, mais d’apprendre à expliciter ce que l’on croyait évident.

Qu’est-ce que le management interculturel ?

Une manière de conduire une équipe dont les membres n’ont pas les mêmes références implicites sur le travail. Il ne s’agit pas d’une discipline à part, mais d’un management ordinaire conduit avec une exigence supplémentaire de clarté, et avec la prudence de ne pas confondre une différence d’origine avec une différence de personne ou de situation.

Quels sujets sont abordés pendant la formation ?

Les points de friction habituels — délais, expression du refus, attentes vis-à-vis d’un responsable, degré d’explicite des consignes, traitement de l’erreur — et les moyens de les prévenir : règles d’équipe écrites, vérification de la compréhension par restitution, conduite des réunions à distance. Les sessions utiles partent des cas apportés par les participants.

Qui peut en bénéficier ?

Toute personne qui encadre ou coordonne un groupe dont les membres viennent d’horizons différents, travaillent depuis plusieurs sites ou collaborent avec des partenaires établis ailleurs. Les fonctions ressources humaines y trouvent également matière, puisqu’elles fixent en amont les conditions de recrutement et d’intégration.

Quel type de certification peut être obtenu après la formation ?

Cela dépend entièrement de l’organisme. Certains remettent une attestation de participation, d’autres délivrent un titre lié à un cursus plus long. Aucune certification ne fait autorité partout, et il vaut mieux évaluer une formation sur son contenu et sur l’expérience de l’intervenant que sur le document remis à la fin.